Le vendeur qui voulait récolter avant d’avoir semé

Jour 8 . Patience . 3 min de lecture

Un homme venait d’être engagé comme vendeur.

On lui avait remis une liste, un téléphone et quelques conseils.

Le premier jour, il appela quarante personnes.

Il n’obtint rien.

Le deuxième jour, il recommença.

Deux personnes acceptèrent de l’écouter jusqu’au bout. Toutes les deux dirent non.

Le troisième jour, il entra dans le bureau de son responsable.

— Je crois que je ne suis pas fait pour ça.

Le responsable leva les yeux.

— Qu’est-ce qui te fait dire cela ?

— Ça fait trois jours que j’appelle et je n’ai toujours rien vendu.

L’homme posa son stylo.

— Tu as un jardin ?

La question surprit le vendeur.

— Oui. Un petit.

— Si tu y plantes des tomates aujourd’hui, est-ce que tu retournes la terre demain matin pour voir si elles ont poussé ?

Le vendeur sourit.

— Évidemment non.

— Pourquoi ?

— Parce que ça ne pousse pas en une nuit.

Son responsable le regarda quelques secondes.

— Et pourtant, c’est exactement ce que tu viens de faire avec ton travail.

Le vendeur ne répondit pas.

— En trois jours, tu as semé des dizaines de graines. Aucune n’a encore levé et tu en conclus déjà que la terre est mauvaise… ou que tu ne sais pas semer.

Il marqua une pause.

— Il existe une troisième explication.

— Laquelle ?

Le responsable regarda le calendrier posé sur son bureau.

— Nous sommes mercredi.

Le vendeur éclata de rire.

Puis il retourna travailler.

Il continua le lendemain.

Et la semaine suivante.

Les résultats ne vinrent pas immédiatement.

Mais quelque chose changeait.

Au début, il parlait trop.

Alors il apprit à écouter.

Il récitait son argumentaire.

Alors il apprit à poser des questions.

Il essayait de convaincre tout le monde.

Alors il apprit à reconnaître ceux qu’il pouvait réellement aider.

Certains jours, il modifiait une phrase.

D’autres, une question.

Parfois simplement son silence.

Il ne changeait pas constamment de direction.

Il apprenait à mieux avancer.

Les semaines passèrent.

Puis, trois mois plus tard, son téléphone sonna.

Une femme lui expliqua qu’il l’avait appelée quelque temps auparavant.

Il ne se souvenait plus immédiatement d’elle.

Elle, si.

Lors de leur première conversation, elle n’était pas prête.

Sa situation avait changé.

Elle souhaitait maintenant reprendre leur échange.

Le vendeur ouvrit son carnet et retrouva son nom.

À côté figurait la date de leur première conversation.

C’était son premier jour.

Il compta.

Quatre-vingt-douze jours.

Il resta quelques secondes à regarder la date.

Puis il sourit.

La graine du premier jour venait de sortir de terre.


Nous savons qu’une graine a besoin de temps.

Curieusement, nous l’oublions lorsqu’il s’agit de nos projets.

Nous semons aujourd’hui et regardons demain si quelque chose a poussé.

Et lorsque rien n’est encore visible, nous sommes tentés de changer de méthode, de projet, parfois même de rêve.

Persévérer ne signifie pourtant pas répéter indéfiniment les mêmes gestes.

On continue. On observe. On apprend. On améliore.

Mais on laisse aussi au temps le temps de faire son travail.

À vous maintenant

Pensez à quelque chose que vous avez commencé récemment et que vous jugez déjà décevant.

Posez-vous deux questions :

Ai-je réellement laissé suffisamment de temps à ce que j’ai commencé ?

Et :

Qu’est-ce que je peux améliorer aujourd’hui sans abandonner ce que j’ai entrepris ?

Puis continuez à semer.

Sans retourner la terre chaque matin.

À retenir

Ne déterrez pas aujourd’hui les graines que vous avez plantées hier.